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13 juillet 2018

Techno à l’Elysée, Hellfest… Quelle identité musicale ?

On croit généralement que la musique relève de choix personnels sans considérer que l’on ne fait que choisir dans l’offre qui est présentée, suggérée, et surtout imposée. La démarche relève du plaisir et ne semble pas porter à conséquence : ses implications politiques entrent rarement en ligne de compte. 

Traduisant cette attitude, les politiques défenseurs de l’identité nationale n’interviennent pas dans ce qu’ils considèrent relever exclusivement de choix privés. Inutile de créer des clivages dans un domaine où l’offre morcèle les communautés sans fournir de réponse simple. Le terrain culturel musical a donc été littéralement abandonné par les nationaux au profit de l’Etat et d’intérêts financiers. Si le réflexe identitaire fonctionne encore un peu dans l’alimentation et le vêtement, il a totalement déserté le terrain musical. La musique commerciale a envahi l’espace public et privé. Pas de lieu public, transport, zone commerciale sans musique mondialisée : les troupes d’occupation culturelle règnent sans partage. Les plus ardents militants pour la défense de l’identité française et européenne ont adopté ces musiques sans y déceler la moindre contradiction avec leur engagement. Dans le domaine musical, on consomme joyeusement sans aucun discernement. La jouissance d’abord !

Le plaisir musical d’abord !

La musique est un outil de séduction, c’est elle qui rassemble, qui entretient les liens collectifs. Laisser croire que des choix personnels n’auraient pas de conséquence collective en matière musicale relève de la mystification. La civilisation européenne dispose pourtant de la plus longue mémoire musicale vivante de l’histoire de l’humanité. L’assertion pourrait être discutée, mais pas en ce qui concerne la mémoire écrite. En effet, elle est la seule à avoir conçu une écriture musicale permettant l’existence de l’orchestre où les musiciens suivent la mélodie composée pour chaque instrument. Dans les autres cultures tous les musiciens improvisent sur le thème indiqué par le meneur, un peu comme dans les orchestres de jazz. Cette particularité unique de la musique européenne participe de son pouvoir de séduction planétaire. Elle fascine les plus anciennes civilisations. Ainsi le plus grand nombre de master class d’instruments classiques se situe dans les pays asiatiques. Ces notions sont portant ignorées de ceux qui s’attachent à défendre l’identité de la civilisation européenne.

Quelle musique d’Etat ?

La promotion de la musique techno dans le palais de l’Elysée s’inscrit donc dans ces opérations de subversion de notre identité musicale nationale. Non pas que l’on ne puisse écouter ces musiques, mais l’Elysée est le siège du pouvoir exécutif. De tout temps l’autorité politique a utilisé la musique comme modèle et outil de rayonnement culturel, même si le terme de “soft power” n’est que d’introduction récente. Plus spécialement, le pouvoir dispose d’orchestres dédiés à cette expression musicale officielle et aptes à jouer la plupart des styles musicaux. Composées d’excellents musiciens, dont de nombreux prix du Conservatoire, ces formations officielles sont intégrées actuellement à la Garde républicaine et comptent un orchestre symphonique, une musique d’harmonie, le Chœur de l’armée française et une fanfare de cavalerie. Les trompes de chasse, la batterie napoléonienne et d’autres formations comme orchestres à cordes ou groupe de rock peuvent couvrir d’autres genres musicaux suivant les besoins. Ainsi l’habituel dénigrement des musiques militaires cache en réalité un mépris pour l’expression de l’identité musicale nationale incarnée par ces orchestres. Ce mépris est confirmé par le récent choix du chef de l’Etat lors de la fête de la musique. En effet, depuis des siècles, ces orchestres jouent un rôle à la fois diplomatique et culturel. Signe de l’importance de leur mission, ils sont administrés par l’armée et font partie de la garde, actuellement républicaine mais qui fut aussi impériale et royale, entre autres. Leur substituer d’autres “artistes” dans les bâtiments où siège l’autorité de l’Etat est le signe d’une volonté officielle d’accélérer le remplacement des repères culturels musicaux spécifiques de notre identité nationale. Le débat ne peut pas se situer uniquement sur le modèle de substitution, mais bien sur celui qui est éliminé et devrait être défendu. Toutefois comment défendre ce que l’on ne connaît pas, ce qui n’a pas été identifié, ce dont on n’a même plus conscience ?
La question dépasse la critique du comportement ou de la tenue des “artistes” invités puisque même les catholiques héritiers de la plus ancienne mémoire musicale de notre civilisation ne peuvent plus contester le choix élyséen : dans leurs grandes manifestations de défense de la famille, comme à la Marche pour la Vie de janvier dernier, ils ont adopté le même style musical, et donc déjà signifié par là leur allégeance culturelle.

Le Hellfest attaque l’orthodoxie

La même erreur d’appréciation est commise dans une autre sensibilité de la dissidence quand on observe qu’un site pourtant à l’avant-garde de la réinformation comme Breizh-Info fait l’éloge du Hellfest. Il peut y avoir du très bon rock metal dissident, là n’est pas la question, mais ce n’est pas parce que ce festival regroupe des Blancs avec parfois des groupes aux références identitaires très marquées qu’il faut se laisser abuser. A l’heure où le chant du muezzin commence à se faire entendre en France, ceux qui veulent défendre son identité séculaire ne résisteront pas en utilisant le metal comme musique alternative. Cette année encore l’entrée était gratuite pour les moins de 12 ans, bientôt une scène metal pour les enfants et le conditionnement musical au berceau ? Par ailleurs, avec 81 % d’hommes blancs dépensant en moyenne 500 €, on est plus dans l’ethnique genré que dans le festival populaire.
Pour l’édition 2018 côté prestations, on pourrait discuter des paroles Kop Killer du groupe Body Count si cette thématique recuite ne relevait plus que du clip de rap en mal d’inspiration. Le groupe Watain a renouvelé son rituel démoniaque déjà interprété en 2016 et hurlé ses blasphèmes et sa haine de la religion. Déjà présent lors de précédentes éditions, le groupe suédois Therion se revendique de la secte du Dragon rouge, pratiquant la magie noire. Mais qui sait encore ce dont il s’agit ?
L’originalité venait d’ailleurs, les organisateurs ont été chercher Batushka, un groupe polonais qui chante en russe et s’attaque spécialement à la religion orthodoxe, mêlant chant liturgique, black metal et messe noire. S’en prendre à la religion catholique n’était plus suffisant, il faut maintenant qu’ils s’attaquent à l’autre racine spirituelle de la civilisation européenne, alors qu’elle renait en Russie après 70 ans de persécution communiste. Comme on peut le constater et contrairement à ce que l’on essaie de nous faire croire, il ne s’agit pas de clichés anodins, mais bien d’un conditionnement par la musique dans un but politique.

Le renouveau de l’occultisme mis en évidence par la remarquable étude du Père Golfier [1] montre les liens avec l’explosion des profanations de cimetières comme des suicides de jeunes satanistes, celle des voyants (10 fois plus que de prêtres ou de psychiatres), celle des films, livres ou séries TV. On ne veut plus croire au démon, mais la jeunesse joue à se faire peur avec lui. Il ne sert à rien de dénoncer les peuples qui ont perdu leur ancienne mémoire si l’on oublie les enseignements venus du fond des âges. Les Romains mettaient déjà en garde contre des formules maléfiques mésopotamiennes et égyptiennes, les “onomata barbarika” réintroduites en Europe par l’occultiste John Dee à l’époque élisabéthaine. Ces mêmes formules reprises par Crowley et LaVey qui inspirent les paroliers de certaines chansons de rock [5]. La parole est l’expression de la croyance, en religion comme dans la formule encore en usage dans les tribunaux. Peu importe ce que croit véritablement celui qui exprime oralement une foi. Cette simple expression déclenche des mécanismes psychiques liés au rôle du son, que l’émetteur comprenne la signification des paroles ou pas, et il suffit d’avoir déjà chanté à plusieurs pour apprécier ce qui est en œuvre.

Le combat pour l’identité musicale

Si les profanations de cimetières peuvent s’apparenter à des rites, ce sont aussi et surtout des attaques contre le sacré collectif le plus fondamental, car le culte des morts est indispensable à toute civilisation. Derrière le folklore sataniste de symboles, de postures et de chansons, il y a bien des techniques opérationnelles, leur mise en œuvre conditionne la jeunesse et vise à détruire les derniers repères collectifs de nos sociétés.
Ne considérer que l’aspect musical sous le prétexte que l’on ne croit plus à la foi attaquée revient à nier la réalité de phénomènes psychiques facilités par la musique. De même que vouloir mener la bataille pour l’identité d’un peuple et d’une civilisation, sans avoir défini au préalable l’identité musicale à défendre, conduit inéluctablement au désastre.

Thierry Bouzard
13/07/2018

Thierry Bouzard est l’auteur de Des Chansons contre la pensée unique, éditions des cîmes, 2014
[1] Père Golfier, Tactiques du diable et délivrances, Artège, 2018
[2] Père Benoît Domergue, La Musique extrême, un écho surgi des abîmes, François-Xavier de Guibert, 2004.


Source : Correspondance Polémia

5 septembre 2017

Festivals & agressions sexuelles : le Hellfest n'est pas épargné

Insultes, attouchements, voire viols… En festival, la fête vire parfois au cauchemar pour les femmes. Cet été, le nombre de témoignages et des plaintes a explosé, obligeant partout en Europe les organisateurs à chercher des solutions : de la mise en place de stands de signalement… à des zones réservées exclusivement aux femmes.

"Au Hellfest, le plus gros festival metal d’Europe, souvent loué pour son caractère convivial et bon enfant malgré sa musique brutale, l’édition 2017 a été émaillée de plusieurs agressions sexuelles. Sur l’un des forums du Hellfest où les festivaliers échangent, un fil de discussion intitulé « Agressions sexuelles » donne à voir plusieurs témoignages accablants survenus lors de l’édition de juin 2017. Des cas de harcèlement sexuel manifestes, allant jusqu’aux attouchements sexuels, voire au viol (...)"

Joint au téléphone, Ben Barbaud, directeur du Hellfest, confesse avoir été mis au courant par ses équipes de tels agissements. Et s’avoue, en toute honnêteté, plus que désemparé : « On est face à un phénomène de société. Des agressions qui se déroulent dans le cadre d’un événement collectif censé être une fête, où beaucoup de femmes viennent, car elles se sentent en sécurité. C’est grave, on ne le minimise pas et on en prend toute la mesure — on a eu des cas par le passé, dont un viol au camping il y a quelques années —, mais il faut reconnaître que cette année, cela nous dépasse. Le harcèlement sexuel a probablement toujours existé, mais la parole semble aujourd’hui se libérer, tant mieux. A nous de trouver la bonne réponse. » 


Nous osons suggérer aux organisateurs de s'interroger sur le fameux slogan en illustration de cette brève !  Par ailleurs, il faudrait que le Hellfest cesse l'hypocrisie : il a invité une star du porno en 2014 ! 

25 février 2017

Hellfest, Metal & Musique (1)

Les lecteurs habituels de ce blog se souviennent des billets de EtienneWeb " Rock et Metal". Il y abordait différents sujets, notamment concernant les origines et le contenu du rock ainsi que l'influence du rock sur le comportement.

Récemment, un ancien metalleux nous a communiqué son témoignage relatif à son expérience de cette musique extrême.

Il vient de publier un billet sur son blog La musique adoucit les mœurs…ou pas !"

"Mon vécu m’amène à m’interroger sur l’impact que la musique peut avoir sur nos vies. A-t-elle la capacité de peser considérablement sur nos comportements, en bien comme en mal, ou est-elle simplement un divertissement innocent. Mon passé m’amène à pencher vers la première hypothèse. Mais d’autres ne seront pas d’accord et y verront vraisemblablement d’autres causes possibles."

3 thèmes sont abordés dans ce billet : 


La musique influence-t-elle nos émotions ?
Musique et stress
Mais…la musique peut-elle influencer nos actes ?


6 mars 2013

L’occultisme et le satanisme dans le rock n’roll (et ses dérivés…)

Je m’étais à l’origine proposé de traiter de l’intégralité des messages propres au rock n’roll mais à la demande du Collectif, et de manière à ne pas dénaturer l’objet de ce blog qui se veut traiter d’un « certain » metal représenté au Hellfest, il ne sera au final question que d’occultisme et de satanisme.
Etienne web

Que doit on mettre derrière ces mots ? Pourquoi d’ailleurs un tel succès de ces thématiques dans le monde du rock et du metal ? En 1998, le Père Benoît Domergue avait réalisé une étude recensant plus de 600 groupes de rock connus se référant au satanisme, et faisant écho aux critiques déjà faites par certains membres du clergé sur cette musique, comme le Père Jean-Paul Régimbald (« Le rock n’roll, viol de la conscience par les messages subliminaux » 1983), Monseigneur Corrado Balducci (« Adorateurs du Diable et Rock Satanique » 1994), l’Abbé René Laurentin (« Satan, Mythe ou Réalité »), le Père John O’Connor (« La Guerre de Satan contre nos enfants (par la drogue, le satanisme, le rock n’roll…) »), pour n’en citer que quelques uns des plus connus… De telles critiques, sont elles fondées ?

Cependant, pour que les choses soient bien claires :

1-    Il n’est pas question de considérer que TOUS les groupes de rock sont satanistes. L’immense majorité des artistes et groupes de rock NE sont PAS satanistes. Le satanisme est dans l’ensemble ULTRA MINORITAIRE dans le rock, mais malheureusement très populaire.
2-    Ce n’est pas parce que ce billet a pour objet de critiquer un « certain » metal ou rock que les messages véhiculés par le rock n’roll sont tous mauvais. D’autres thématiques plus positives sont abordées par cette musique, comme les messages de paix bien souvent repris dans le rock. On peut aussi rappeler que les Rolling Stones ont donné des concerts caritatifs pour lutter contre la famine en Ethiopie, U2 et Mattafix se sont mobilisés contre la guerre au Darfour, System Of a Down ou Greenday ont critiqué de façon plutôt acerbe la politique de Georges W Bush en Irak, etc,…

Ces précisions étant apportées, ce présent billet sera décomposé en deux parties :

1°) de l’usage des messages dits « subliminaux » dans le rock n’roll
2°) Réflexion sur les thématiques satanistes et occultes abordées par certains groupes présents au Hellfest

Ce découpage de plan entre ces deux thèmes pourra surprendre le lecteur, et bien effectivement, il n’y a pas de lien a priori entre « messages subliminaux » et « satanisme », et il n’est pas question d’en faire un amalgame. Néanmoins, il n’est pas non plus inopportun d’aborder le satanisme et l’occultisme par l’intermédiaire du message subliminal, comme il sera l’occasion de le démontrer au fil de ces billets, ce que je vous laisse bien entendu découvrir.

1°) De l’usage des messages dits « subliminaux » dans le rock n’roll

Définition du message subliminal :

Selon l’encyclopédie Wikipédia, un message subliminal est un «  stimulus incorporé dans un objet, conçu pour être perçu au-dessous du niveau de conscience. » Cette définition correspond également à celle que le père Regimbald en donne dans son ouvrage « Le rock n’roll, viol de la conscience sur les messages subliminaux ». Les messages subliminaux ne sont pas en soi mauvais. Ils ne sont pas d’ailleurs propre au rock n’roll, ni même à la musique. Ils peuvent être aussi bien visuels qu’auditifs et pourquoi pas olfactifs. Ils peuvent être utilisés parfois à des fins relaxantes, et plus généralement à des objectifs de bien-être. Ils ont pu être expérimentés dans des publicités audiovisuelles, dans des films, voire dans des émissions de télévision pour une propagande électorale.

La musique étant ce qui nous intéresse, et particulièrement le rock n’roll, il ne sera bien entendu question que des messages audios.

Intérêt de la définition : un message est dit subliminal (du latin « sub » c'est-à-dire « sous », « limen » c'est-à-dire « seuil »), lorsque le message ne peut être perçu ni consciemment, ni inconsciemment, mais de façon subconsciente.

A)   Application de la méthode subliminale à la musique : de l’intensité et de la fréquence sonore.

1-    La perception subliminale selon l’intensité sonore

Dixon, un scientifique, dans une étude qui reste une référence (1971), distingue quatre zones de perception chez l’individu, selon l’intensité des stimuli, c’est à dire, de l’impact sonore.
Première zone : si le son est de trop faible intensité (en général, inférieure à 20 décibels, mais tout dépend de la perception individuelle de chacun), il n’est pas perçu par l’oreille, et le cerveau ne peut pas l’enregistrer
Deuxième zone : le son est de très faible intensité, suffisamment pour que l’oreille puisse le percevoir, mais pas assez pour qu’on puisse l’entendre consciemment (entre 20 et 30 décibels). En ce cas, le cerveau enregistrera le son, mais de façon inconsciente. C’est le domaine du subconscient.
Troisième zone : le son est de faible intensité, assez pour que l’oreille puisse le percevoir si l’on y fait attention (par exemple, un chuchotement, un bruit lointain comme la circulation automobile sur une route éloignée). On se situe en ce cas entre le seuil de la conscience et l’inconscience.
Quatrième zone : le niveau sonore normal.

La frontière entre ces quatre zones n’est pas fixe et dépend de divers éléments qui sont tant physiques que psychologiques. En ce qui concerne les éléments physiques, ils sont au moins de deux ordres : la qualité auditive de l’auditeur, et la qualité sonore. Le niveau de perception subliminale varie d’un individu à l’autre. Un individu qui a passé la trentaine est en général incapable de percevoir un son dont l’intensité sonore est entre 20 et 30 décibels. Son niveau de perception subliminale se situe plutôt entre 40 et 70 décibels. Par ailleurs, il apparaît que le contexte psychologique est capital en ce qui concerne l’influence de ce type de message. L’individu doit se situer dans la logique du message ainsi que l’a précisé le psychiatre canadien François Borgeat fondateur de la FRIS Canadienne (Fondation pour la Recherche des Impressions Subliminales) en mettant en évidence les difficultés de parvenir à une adéquation entre le sujet et les stimuli sonores. Dans une étude réalisée auprès de 10 sujets schizophrènes, il aboutit à la conclusion de la réalité de la perception subliminale, mais tempère son résultat en précisant qu’« il est loin d'être évident que les messages et stimuli sont traités comme on le postule et qu'ils prennent le sens inconscient qu'on leur attribue. Plusieurs types de messages gagneraient à être étudiés dans le but de mieux connaître les lois de leur décodage conscient », insistant « sur la nécessité de se concentrer sur la perception subliminale en elle-même : quels sujets sont réceptifs, dans quelles circonstances, quelles sont les différences entre les perceptions subliminales auditives et visuelles, quelle sont les mesures les plus susceptibles de refléter une perception subliminale. » (François Borgeat, «  effets psychophysiologiques de stimulations subliminales agressives et symbiotiques chez des schizophrènes », mai 1979 p 92-93)

2-    la perception subliminale selon la fréquence sonore

Ce type de message peut aussi être envisagé selon la fréquence sonore, c'est-à-dire dans la limite de perception des sons aigus ou graves (se mesure en hertz). Un infrason deviendra audible en accélérant la fréquence de la musique, et un ultrason en la ralentissant.

3-    Applications à la musique rock

De tels messages n’ont jamais été utilisés dans le rock n’roll, du moins à des fins subversives. Il y a pourtant ce célèbre exemple du groupe « Judas Priest » qui, dans sa chanson "Beyond the realms of Death" ayant pour thème le suicide, aurait inséré entre chaque strophes un message subliminal selon la méthode de perception des aigus « do it ». Deux jeunes fans de ce groupe seraient alors passés à l’acte et se seraient suicidés. Une action en justice a alors été intentée contre le groupe, mais finalement, le groupe a été relaxé. D’une part, le groupe a toujours clamé son innocence, et d’autre part il semblerait également que le langage courant puisse admettre ce type d’interprétation sans qu’il soit nécessaire d’insérer volontairement un tel message dans un disque (Le terme « Do It » est un peu court pour en tirer des conclusions hâtives). En outre, à seulement supposer que le groupe ait inséré volontairement un tel message sur ses pistes audio ne signifie pas pour autant que ces jeunes soient passés à l’acte sous l’emprise de la musique, dépossédés de leur volonté à cause du message subliminal.

Sur un plan juridique en effet, une telle thèse, pourtant soutenue par les plaignants, ne pouvait pas être recevable, compte tenu qu’il était impossible de faire le lien entre l’acte de suicide de ces deux jeunes et la chanson (la fameuse preuve par trois du droit de la responsabilité qui oblige le juriste pour prouver une responsabilité à démontrer trois éléments : un fait générateur (en l’occurrence, la chanson), un dommage (en l’occurrence le suicide), et un lien de causalité entre le fait générateur et le dommage…(en l’occurrence impossible à déterminer).

De plus, sur un plan plus scientifique – voire philosophique, si on suit le postulat de base soutenu par Dixon et Borgeat que de tels messages peuvent influencer nos actes, le sujet (l’auditeur) doit également se situer dans la logique du message… Ce qui signifie a fortiori que la volonté adhère au message. Il ne paraît donc pas possible que le message subliminal puisse avoir la force à lui seul de nous déposséder de notre volonté. C’est un peu comme si, par l’odeur de la frite alléché, j’avais soudain envie de manger un bon vieux sandwich américain à la buvette du Hellfest. Bien entendu, si j’achète le sandwich, c’est parce que j’ai adhéré au « message » (l’odeur des frites). A contrario, si je ne l’achète pas, c’est que je n’ai pas adhéré au message.

Ce titre de Judas Priest a pu faire polémique en ce qui concerne les intentions de certains groupes de musique ayant usé de procédés qu’on a qualifié à tort de subliminaux : les messages inversés. S’il n’est effectivement pas démontré que Judas Priest a usé d’un procédé subliminal influent dans la chanson « Beyond the realms of Death », il en va différemment des messages inversés. Mais ces messages ne sont pas subliminaux.

B)   Le message inversé

1) Contexte

Il s’agit d’un des plus gros canulars de l’industrie du disque. La polémique semble venir des Beatles. Selon le Père Jean-Paul Regimbal, ils seraient les initiateurs de cette technique dans le rock n’roll. Selon une rumeur bien établie, leur producteur Georges Martin (le « cinquième Beatles ») aurait initié cette pratique avec John Lennon dans la chanson Rain.
A cause de cette rumeur, une fièvre indescriptible s’empare des milieux fondamentalistes protestants. Une application de cette fièvre est d’ailleurs traduite dans l’autobiographie de Marylin Manson : « Mon autre source imperturbable d’information (sur le rock) a été l’école chrétienne. Tandis que Nick me branchait sur le heavy metal, l’école organisait des séminaires sur les messages subliminaux. Ils apportaient des disques de Led Zeppelin, de Black Sabbath et d’Alice Cooper et les passaient à fond sur la sono. Différents professeurs se mettaient à tour de rôle devant la platine pour, de l’index, faire tourner les disques à l’envers afin de nous expliquer le contenu de ces messages cachés. Bien évidemment, la musique la plus extrême, celle qui contenait les messages les plus sataniques étaient exactement celle que je voulais entendre… Puisque c’était interdit » (Mémoires de l’Enfer, p 26).

La mode aux Etats-Unis dans ces milieux fondamentalistes est donc de passer des disques à l’envers pour savoir s’ils contiennent des messages inversés. S’ils en contiennent, c’est que le groupe est forcément satanique.

2) Interprétation

Satanique ??? Oui, parfaitement !!! Il se pourrait bien qu’en réalité, si les Beatles ont usé de cette technique, c’est parce qu’ils étaient admirateur d’Aleister Crowley, un occultiste connu pour ses perversions, et dont nous aurons bien entendu l’occasion de reparler plus tard. Cet occultiste, considéré comme le Père du Satanisme Moderne, aurait repris des anciens rites de sorcelleries consistant à inverser le cours normal des choses. On le lit dans Magick, l’un de ses ouvrages de référence :

« Que l’Adepte Exempt (il s’agit d’un grade d’initiation) s’entraine tout d’abord à penser à l’envers par des voies extérieures, telle celles qui suivent :
a) qu’il apprenne à écrire à rebours, de chaque main,
b) qu’il apprenne à marcher à reculons,
c) que constamment, à chaque occasion se pouvant présenter, il visionne des films et écoute des disques à l’envers et qu’il s’y accoutume jusqu’à ce qu’ils apparaissent normaux et appréciable dans leur totalité,
d) qu’il s’entraîne à parler à l’envers : ainsi pour « je suis », qu’il dise « sius ej »
e) qu’il apprenne à lire à l’envers. En ceci, il n’est pas difficile de ne pas s’abuser, un lecteur confirmé identifiant une phrase au premier coup d’œil. Que son disciple lise à haute voix devant lui, à l’envers, doucement au début, puis plus vite.

En cela son cerveau sera tout d’abord submergé par une impression de totale confusion ; il s’efforcera ensuite d’échapper à la difficulté par la ruse. Le cerveau prétendra travailler à l’envers alors qu’il agira en toute normalité.(…) »

Cette fièvre n’a pas échappé également aux milieux catholiques. Ainsi, le Père Regimbald dans « Le rock n’roll, viol de la conscience par les messages subliminaux » en 1983 estime que les messages inversés découverts dans les disques de rock ont été enregistrés intentionnellement, et implicitement, cela tendrait donc à démontrer du caractère satanique du groupe chez qui on a découvert le message.

Dans les exemples audios que donne le Père Regimbald dans sa cassette, cela me paraît évident : il y en a trois :

1°) Chanson des « Beatles » : « Number Nine ». A l’envers, nous entendons Turn me on Dead Man, c'est-à-dire « excite-moi, homme mort ». Pour le Père Regimbald, « l’homme « mort » en question c’est Jésus-Christ. Nous en reparlerons plus loin.
2°) Chanson de « Led Zeppelin » : « Stairway to Heaven ». A l’envers, on entend un certain nombre de message inversés, mais le plus flagrant et le plus connu est “I’ve got to live for Satan”, c’est à dire, “Je dois vivre pour Satan”.
3°) Chanson de Electric Light Orchestra : chanson Fire On High. A l’endroit, les paroles sont incompréhensibles. Par contre à l’envers, on entend très distinctement : « Music is reversible, but Time is not. Turn back, turn back, turn back… » (La musique peut s’inverser, mais pas le temps : reviens, reviens, reviens en arrière).

De ces trois chansons, le Père Regimbald estime que l’objet est un « viol de la conscience », ce qui n’est pas une position tenable, comme nous allons pouvoir le démontrer un peu plus loin. Mais deux de ces chansons proviennent de groupes sur qui Aleister Crowley a exercé une certaine influence : C’est le cas des Beatles. On retrouve Aleister Crowley représenté sur la pochette du « Sergent Pepper’s Lonely Club Heart Band » (deuxième figure).

Egalement, ceci est d’ailleurs de notoriété publique, Jimmy Page, guitariste de Led Zeppelin a acquis l’ancienne demeure d’Aleister Crowley, Boleskine House. C’est aussi l’un des groupes critiqué par le Père Regimbald. Inutile de contester l’attrait de Jimmy Page pour l’occultisme qu’il revendique personnellement pratiquer : « J’étudie la magie. C’est une étude passionnante et enrichissante, tout ce que j’apprends dans mes livres ou dans la vie se retrouve d’une manière ou d’une autre dans ma musique » (Rock n’folk, novembre 1970, interview de Philippe Paringaux, cité par Philippe Manœuvre, préface de « Cabala, Led Zeppelin occulte, p 8 »).

MAIS ce n’est semble t’il pas le cas de Electric Light Orchestra… En effet, compte tenu de l’ampleur et du succès d’écouter des disques à l’envers, dès que le succès commençait à poindre à propos de tel ou tel groupe, il s’en trouvait bien quelques fondamentalistes pour y tenter de dénicher s’il n’y avait pas de quelconque message inversés supposés subliminaux dans une chanson. Electric Light Orchestra n’échappa pas à la règle. C’est avec la chanson Eldorado que le groupe commença à être attaqué d’avoir utilisé cette technique. Découvrant par surprise avoir usé de messages inversés, le groupe enregistra volontairement une chanson inversée, avec pour objet de se défendre (et peut être également de se moquer) de ces fondamentalistes.

Il n’en demeure pas moins qu’il apparaît surprenant de comprendre des paroles à l’écoute inversée d’un disque. Comment cela s’explique t’il ? Est-ce le fruit du hasard ? De notre imagination ? ou au contraire, y a-t-il une explication rationnelle à cela ?

3) La théorie de David Jonathan Oates

David Jonathan Oates est un scientifique australien ayant expérimenté la technique du message inversé dans les conversations courantes. Il a recherché si nous prononcions inconsciemment des paroles à l’envers, et il semble que oui. Nous ne nous étendrons pas plus avant sur sa théorie, au demeurant très intéressante, et que vous pourrez trouver en résumé sur le site de Monsieur Michel Poulaert, le subliminal.fr. Néanmoins, et si on peut considérer que nous parlons à l’envers dans le langage courant, il en va de même dans les chansons (ce que David Jonathan Oates a par ailleurs expérimenté également). C’est ici toute la démonstration des fondamentalistes protestants et également du Père Regimbald qui est remise en cause, puisqu’elle suppose que les messages inversés rencontrés dans certains disques de rock ont été enregistrés intentionnellement, ce qui est loin d’être évident. En outre, la théorie de David Jonathan Oates ne vient pas démontrer du pouvoir subliminal des messages inversés sur notre façon d’agir… Elle viendrait plutôt démontrer le contraire, c'est-à-dire que ces messages inversés involontaires traduiraient plutôt une réalité inscrite dans notre subconscient plutôt qu’une volonté de nuire : en gros, ce que notre langage saurait cacher, notre subconscient ne saurait le trahir et le traduirait à l’envers…

Néanmoins, il est prouvé que certains groupes ont utilisé cette technique sciemment, et nous n’en donnerons que trois exemples que nous commenterons :
Electric Light Orchestra : chanson Fire On High. A l’endroit, les paroles sont incompréhensibles. Par contre à l’envers, on entend très distinctement : « Music is reversible, but Time is not. Turn back, turn back, turn back… » (La musique peut s’inverser, mais pas le temps : reviens, reviens, reviens en arrière)
Prince : chanson Darling Nikki, ou l’on entend à l’envers “Hello, how are you ? Fine, fine. Cause I know that the Lord is coming soon, coming, coming, soon... Ha, ha, ha, ha...”.
Craddle of Filth : chanson Dinner at Deviant’s Palace La version inversée est ici Il s’agit du « Notre Père » à l’envers, en anglais.

De ces trois exemples en réalité, il n’y a que la chanson de Craddle Of Filth qui traduit une pratique occulte qu’Aleister Crowley exposait dans Magick. Les deux autres exemples sont des moins évidents. Compte tenu de cet engouement pernicieux des fondamentalistes religieux à vouloir décrypter à tout prix des messages inversés dans la musique populaire, certains se sont servis de cette technique non comme pratique occulte, mais comme moyen de défense contre les accusations de ces fondamentalistes.

Conclusion

Il n’est absolument pas démontré que des groupes de rock ont utilisés des messages subliminaux dans leurs chansons. Le groupe Judas Priest qui aurait usé d’une technique vraiment subliminale s’est toujours défendu de l’avoir fait, et il n’est pas prouvé que leur chanson « Beyond The Realm of death » contient un tel procédé.

Quant aux découvertes des messages inversés dans les chansons, la plupart du temps, ceux-ci sont involontaires. Les rares messages vraiment insérés volontairement et les plus connus ont été enregistrés comme moyens de défense contre les accusations des fondamentalistes protestants américains.

Même les messages de groupes dont les pratiques occultes sont démontrées ne sont pas toujours forcément volontaires, ou du moins, il n’est pas prouvé que ce le soit :

C’est le cas de la chanson des Beatles « Number Nine », qui veut dire à l’envers, rappelons le « Turn me on Dead Man », c'est-à-dire « Excite-moi, Homme Mort ». Le Père Regimbald avait soutenu que l’homme mort en question, c’était Jésus-Christ, en se référant à une déclaration de John Lennon de 1966 qui disait que les Beatles était plus populaire que Jésus-Christ, et que le Christianisme allait disparaître ; déclaration, selon le Père Regimbald, qui coïnciderait avec la sortie de l’album sur lequel se trouve cette chanson… Or, le double Blanc est sorti des bacs en 1969. John Lennon ne pouvait donc pas revendiquer user volontairement d’un message inversé en 1966 d’une chanson qu’il n’avait pas encore composée. En outre, dans cette fameuse déclaration de 1966, John Lennon ne dit pas qu’il use de message inversés : il dit qu’il est anti christ. Il est donc plus que probable que John Lennon n’ait jamais eu de quelconque intention d’utiliser la technique du message inversé dans cette chanson.

C’est également le cas de « Stairway to Heaven », on l’on entend de nombreux messages inversés à caractère satanique. Rien ne permet de dire que Robert Plant use volontairement de la technique du message inversé dans cette chanson.

C’est en réalité la découverte de pratiques occultes et satanistes de certains groupes de rock qui a fait le succès de la polémique sur les messages inversés qu’on a qualifié abusivement de « subliminaux ».

Et de fait, certains groupes des plus connus comme Led Zeppelin, les Rolling Stones et les Beatles autrefois, mais également Marylin Manson ou Craddle Of Filth de nos jours (et tant d’autres…) ont permis de rendre exotérique ce qui était ésotérique (pour reprendre une expression chère à Pacôme Thiellement), au point qu’il n’est pas imbécile de considérer que le rock n’roll et le metal ont été et sont toujours des vecteurs importants, parce que populaires, de propagation de l’occultisme et du satanisme dans notre monde contemporain.

C’est ce que nous allons voir dans le prochain billet, en illustrant ce propos par des exemples tirés de certains groupes présents au Hellfest 2013 et/ou aux éditions précédentes.

Sources :
« Le rock n’ roll, viol de la conscience par les messages subliminaux. » (Père Jean-Paul Regimbal, éd. Croisade, 1983, Genève)
« Mémoires de l’Enfer » (Marilyn Manson – Editions Denoël, 2000).
« Le subliminal et les Médias. Les influences sur la société » (Michel Poulaert, son site www.lesubliminal.fr
« Cabala Led Zeppelin Occulte » Pacôme Thiellement – Préface de Philippe Manœuvre, éditions Hoëbeke, 2009
« La théorie du complot et les satanistes » Reportage vidéo diffusé sur Planète Choc –  (Archive : ITN Archives ; WTN Archives, disponible sur : http://www.dailymotion.com/video/x3giao_la-theorie-du-complot-les-sataniste
« Les écrans face à l’innocence » Préface de Jacky Cordonnier, Michel Poulaert, Editions Carbonnier-Quillateau ISBN : 978-2-918090-07-6

11 janvier 2013

L'influence de la musique rock sur le comportement

Tout d’abord : en cette nouvelle année 2013, je tiens à vous souhaiter tous mes vœux de bonne, heureuse, et surtout sainte année. Je reprends donc mon fil de discussion sur le rock et le metal, et termine cette partie entamée sur le contenu du rock n’roll en traitant de l’influence de la musique rock sur le comportement humain. Pourquoi nous fait-elle vibrer, pourquoi sommes-nous tenter d’augmenter le volume lorsqu’on écoute cette musique ?

Autant de question auquel j’esquisse des débuts de réponse… Ces réponses vous plairont… ou pas… Certains y verront une volonté de ma part de diabolisation du rock, car ce qui va suivre n’est effectivement pas un plaidoyer POUR la musique rock. Rassurez vous, ce n’est pas non plus un plaidoyer CONTRE. Je ne vais pas répondre maintenant aux hypothétiques âpres commentaires qui vont m’être fait. J’en profite également pour rappeler aux visiteurs de ce blog qu’il est TRES IMPORTANT de lire mes billets depuis le début. En haut à gauche : cliquez sur l’onglet « Rock et metal ». Ne tardons plus ; je vous laisse lire le fruit de mes petites recherches : bonne lecture à tous !

Ceci est connu : la musique est un facteur extrêmement puissant de développement des émotions humaines. Sur un plan sociologique, il a été considéré que cette musique pouvait avoir une certaine fonction cathartique (a), mais il apparaît que sur un plan plus scientifique, médical pourrions nous dire (les médecins l’expérimentent et le démontrent), le rock n’ roll a une influence sur le comportement humain (b).
1°) La fonction cathartique du Rock n’roll
Il est évident que le divertissement est un bon moyen pour fuir la morosité ambiante qui entoure notre monde social, pour se détacher également de nos activités quotidiennes. Il peut s’agir de sport, il peut également s’agir de musique. On peut se réfugier dans un stade ou derrière sa télévision pour applaudir les performances sportives d’une bonne équipe de football. C’est un moyen de s’évader, de se divertir, de changer d’air. C’est ce que Saint Thomas d’Aquin nomme : « la vertu d’eutrapélie », la vertu du divertissement. On peut également se réfugier dans une salle de concert pour venir y écouter sa musique préférée.
On peut donc se poser légitimement la question de savoir si l’écoute du rock n’roll participe de cette vertu du divertissement.
Les sociologues ont tendance à considérer que le rock n’roll participe d’une catharsis qui permet de canaliser les violences des membres physiques de la société. Selon Claude Chastagner, la musique rock « prévient la violence en la convoquant, l’inocule tel un vaccin pour mieux en guérir… Pour continuer d’agir, la musique doit pourtant garder la trace de son origine brutale… La musique rock, dans sa simplicité populaire, renoue avec ce besoin d’art direct, vivant, « cruel », (…). Elle intègre cette part de violence indispensable à son rôle cathartique. Le rock se présente comme le prolongement le plus direct du rituel sacrificiel dans la culture contemporaine, il purge la collectivité de ses tensions en les reportant sur un élément extérieur dont il procède ensuite à l’expulsion, la star. » (In « La Loi du Rock », p. 123-127, ed. Climats, 1998, cité par Alain Lambert sur musicologie.org).
Il est donc indéniable que si l’on considère que le rock n’roll permet d’évacuer les tensions de violence sociale par ses membres physiques, cette musique apparaît vertueuse en tant que moindre mal pour éviter un mal plus grand. En effet, l’auditeur de la musique rock évacue cette violence en lui-même au lieu de l’évacuer sur le corps social, ce qui pour un certain nombre de médecins, ou musicothérapeutes n’est qu’une vue de l’esprit comme il sera l’occasion de le démontrer un peu plus loin. Tout le moins, dans l’absolu, il est possible que l’évacuation de cette violence en soi-même permette d’éviter un plus grand mal pour le corps social, ce qui ne semble pas forcément exact pour l’individu.
En outre, cette catharsis sociale procurée par l’écoute du rock n’roll démontre d’une philosophie négative du corps social. C’est parce que le corps social est mauvais pour l’individu que ce dernier a besoin de musique. Cela nous renvoi à la célèbre thèse de Jean-Jacques Rousseau : « l’homme naît naturellement bon, c’est la société qui le corrompt ».
Pareillement, si l’on doit considérer le corps social comme étant un pur « contrat », un « contrat social » qui n’existe que parce qu’à un moment, un être humain a voulu se faire supérieur à un autre, provoquant en l’un une souffrance (le dominé), et en l’autre une satisfaction (le dominant), et la musique, le moyen d’évacuer la violence qui pourrait émaner légitimement de cette situation de souffrance de la part du dominé, il en résulte que, non seulement la musique a une fonction éminemment sociale, mais également divine, puisqu’elle permet à chaque membre physique du corps social d’oublier ses rancœurs, ses haines vis-à-vis de son dominant. Par contre si l’on devait considérer comme Aristote que l’homme est un être naturellement social, le corps social ne naît pas nécessairement d’une souffrance, et le contrat social n’existe simplement que parce qu’il est naturel. La musique pourrait participer d’une autre fonction que celle de la catharsis pour le corps social.
La fonction cathartique de la musique amène à sa divinisation. Mais il ne s’agira pas d’une divinisation intellectuelle. Il s’agira d’une divinisation du divertissement. Dans la lignée de Nietzsche, Claude Chastagner explique : « Le rock est une survivance du rituel sacrificiel affaibli et désacralisé par le travail de sape de la parole du Christ, mais, comme tous les avatars contemporains du sacrifice, du sport à la politique, encore partiellement efficace (…), la musique n’apparaît qu’avec la ritualisation de cette violence » (Claude Chastagner, id, p 123-127). (à lire également, cet intéressant billet sur la catharsis dans le Black Metal, sur Inner Light).
Ainsi, le rock aurait un rôle éminemment social. Mais que devient l’individu dans tout cela ? Lui qui se voit obligé de supporter un moindre mal pour éviter un mal plus grand ? Ce n’est pas la sociologie qui peut répondre à cette question, mais bien la science, et plus précisément la médecine.
2°) Aspects médicaux
L’écoute de la musique influe sur notre physiologie et sur notre psychisme. Il s’est avéré qu’aux vus des études réalisées l’écoute réitérée des musiques issues du rock pouvait donc engendrer des vicissitudes physiologiques (1) et des vicissitudes psychiques (2).
(1)  Les vicissitudes physiologiques du rock.
Le musicothérapeute Adam Knieste explique : « Le problème central causé par la musique rock chez les patients que j’ai traités découle clairement de l’intensité du bruit qui provoque l’hostilité, l’épuisement, le narcissisme, la panique, l’indigestion, l’hypertension et une étrange narcose. Le rock n’est pas un passe-temps inoffensif. C’est une drogue plus mortelle que l’héroïne et qui empoisonne la vie de nos jeunes » (Balducci, p. 150).
Le rock provoque au moins deux sortes de vicissitudes physiques :
- troubles de l’ouïe,
- troubles sexuels.
(a)   Troubles de l’ouïe.
Le rock est une musique qui s’écoute fort. Comme disent les jeunes, « on fout le volume à donf ! » Dans les boîtes de nuits et les concerts, la musique est tellement forte qu’on a l’impression que le cœur va décoller et que les tympans vont éclater. Lorsqu’on sort de ces endroits, on a l’impression d’avoir les oreilles dans du coton. C’est sans doute qu’écouter de la musique si fort, ça n’est pas très bon pour les oreilles. Les sondages aujourd’hui montrent que les gens sont atteints de surdité très tôt, en raison de la fréquentation des boîtes de nuits, des concerts, et surtout, par le fait de l’apparition du walkman. Les statistiques chiffrées seront évoquées un peu plus loin.
Précisons cependant que ce n’est pas tant le fait d’écouter du rock qui provoque des troubles de l’ouïe, mais le fait de l’écouter fort. Les oreilles auraient du mal à apprécier une écoute prolongée de grégorien ou de musique classique à plus de 120 décibels.
Quoi qu’il en soit, le rock est généralement une musique qui s’écoute fort. Il y a même un mode qui consiste à avoir la sono la plus puissante possible dans sa voiture : le « tuning ».
On peut cependant se demander pourquoi la musique rock s’écoute fort. Le docteur Nghiem Minh Dung répond : la musique rock (notamment le hard rock), qui s’inspire des rythmes « afros » (les autres auteurs préfèrent quant à eux parler de « rythmes populaires des noirs »), est axée sur l’exagération des sons sur basses fréquences (sons graves). Plus une musique comporte de sons graves, plus le sujet a l’intention d’augmenter le volume.
(b)   Troubles sexuels
La signification même du mot « rock n’ roll » nous dira mieux ce qu’on entend par troubles sexuels avec ce genre de musique, mais d’un côté purement thérapeutique, les médecins ont prouvé que le rock engendrait des troubles sexuels.
Dans une étude réalisée sur plus de 200 patients par une équipe médicale de Cleveland dirigée par Bob Larson, «  les vibrations de basse fréquence, dues à l’amplification des guitares-basses, auxquelles s’ajoutent l’effet répétitif du beat, produisent un effet considérable sur le liquide cérébro-spinal. A son tour, ce liquide affecte directement la glande pituitaire qui commande la sécrétion d’hormones. Le résultat global est un déséquilibre des hormones sexuelles et surrénales, ainsi qu’un changement radical du taux d’insuline dans le sang, de sorte que les diverses fonctions de contrôle des inhibitions morales tombent en-dessous du seuil de tolérance ou sont complètement neutralisées » (in Balducci, p 150).
En résumé, l’écoute prolongée de rock n’roll favorise l’érotisme. Cela rejoint également les expériences du docteur William Sargant de la « Royal Society of Medecine » qui a déclaré : « j’ai des films qui démontrent que les rythmes primitifs d’une tribu primitive au Kenya et un groupe de musiciens dans une salle de danse produisent les mêmes effets de transe. »
D’autres inconvénients ont pu également être répertoriés. Dans ce même rapport de Bob Larson, « on a noté que cette musique pouvait avoir des effets physiques étonnants : changement dans le pouls et la respiration, sécrétion accrue des glandes endocrines, en partie de la glande pituitaire qui règle les processus vitaux de l’organisme. Quand la mélodie monte, le larynx se contracte. Quand elle descend, il se relâche. Le métabolisme de base et le taux de sucre dans le sang se modifient au cours d’une audition. On peut donc envisager de jouer sur l’organisme humain, comme un instrument musical (…) » (Balducci, p 151).
Et de fait, certains musiciens n’ont pas hésité à avouer que leur objectif était de s’emparer du corps humain. Nous l’avions déjà souligné plus avant.
(2)  Les vicissitudes psychiques du rock.
La musique rock, nous venons de le voir, engendre des effets néfastes sur le comportement physique de l’homme. Ses effets physiques se répercutent sur le psychisme de l’individu. La philosophie nous enseigne en effet que notre intelligence s’éduque à raison de notre connaissance du monde par les sens externes. Si dès lors nos sens externes sont déréglés, notre perception du monde le sera aussi. C’est ce que tend à démontrer le docteur Nghiem Minh Dung.
(a)   Conséquences psychiques du fait des troubles de l’ouïe engendrées par la musique rock.
Ces conséquences peuvent être le fait de l’augmentation du bruit en général, mais depuis l’apparition du rock n’ roll et du walkman on s’est aperçu que la surdité partielle a augmenté de façon considérable dans les pays européens. D’après le Docteur Mouret (musicothérapeute), on dénombre un million d’adolescents atteints de surdité partielle en Grande Bretagne. En Suède, le taux de surdité partielle de la population est passé de 1,5 % à 19,3 % en l’espace de dix ans. En France, 25 % du contingent français est atteint de surdité partielle. On sait aujourd’hui que l’augmentation de la surdité n’est pas seulement due à l’augmentation du bruit en ville, mais aussi en raison de la fréquentation des concerts rocks et des boîtes de nuits. C’en est devenu un phénomène de société.
Cette augmentation de la surdité engendre différentes sortes de troubles : comportements agressifs, querelles de ménages... Ce phénomène a d’ailleurs été pris très au sérieux par les autorités françaises, et principalement a été édité un guide de recommandation aux maires de France sur le bruit, et le législateur a pu prendre certaines dispositions de manière à éviter de trop grandes pollutions sonores liées à l’organisation des concerts et festivals (Code Santé Publique - R1334-33,  Code environnement - L571-23, Code environnement - L571-17). Malheureusement pour les riverains des festivals, les seuils de tolérance en terme de décibels sont régulièrement dépassés, ce qui vaut tant pour le HellFest de Clisson, mais également pour les autres festivals.
Selon le Docteur Nghiem Minh Dung, la surdité précoce engendre d’autre part des troubles psychiques graves chez les enfants. On constate du fait de ces troubles une augmentation des échecs scolaires. Schématiquement, on sait que l’écoute, qui se fait par les oreilles est sous le contrôle du cerveau, autrement dit de l’état d’esprit de l’individu, de la volonté ou du refus souvent inconscient d’écouter, c’est à dire capter, analyser, comprendre et enregistrer l’information sonore. Ainsi, par exemple, à la suite de chocs affectifs répétés avec les parents, l’enfant refuse inconsciemment de les écouter, parce que l’écoute suscite en lui une souffrance. Alors, à son insu, les muscles de l’accommodation de l’oreille se relâchent, et la transmission mécanique de l’oreille moyenne se fait mal, si bien que les messages (ordres, leçons, conseils) cessent d’être enregistrés. L’enfant masque la source de ses désagréments qu’il ne peut physiquement éloigner. Il entend bien, mais il n’écoute pas ; on dit que l’enfant fait le sourd (on parle communément de « guérilla de l’enfant »). Les pédiatres spécialistes des difficultés scolaires graves reconnaissent que ces troubles peuvent naître de la pollution de l’écoute. En bref, l’excès de décibels provoqué par l’écoute du rock n’ roll favorise la guérilla de l’enfant.
(b)   Conséquences de l’écoute du rock n’ roll sur la volonté.
Plus grave que les troubles de l’ouïe, on sait que l’écoute de la musique en générale influe sur la volonté. Toujours selon le docteur Nghiem Mhin Dung, les méthodes d’induction de la psychose collective par martèlement émotionnel utilisées par les rockers sont calquées sur celles des agitateurs révolutionnaires, des meneurs de foules, et des organisations de manifestations de masse. Toute personne inattentive, trop confiante (sympathisante), trop spontanée, donc pas du tout habituée à surveiller et à contrôler ses propres émotions et sentiments en public, risque de voir son cerveau émotionnel capté et dominé par les agitateurs professionnels connaissant bien les trucs de la manipulation. On peut donner quelques exemples :
Tout d’abord, on sait que, pour donner du cœur au ventre aux troufions on les faisait monter au front au son du tambour et de la trompette...
Ensuite, on utilise les musiques rythmées pour les manifestations de grande envergure. C’était le cas pour la manifestation contre le PACS en 1999. Est-ce que cela le sera pour la manifestation du 13 janvier prochain contre le projet de loi relatif au mariage pour tous ? Sans doute y a-t-il là matière à réfléchir sur la manière dont se déroulera cette manifestation. Est il souhaitable que matériel de sonorisation et tuti quanti soient utilisés dans un but de propagande anti-mariage gay, avec gros son de rock et techno ?
Enfin, les concerts rocks peuvent engendrer des scènes de violences, ce qui a été admis par certains musiciens d’ailleurs.
Mick Jagger, leader des Rolling Stones a pu déclarer : « Nous travaillons toujours à diriger la pensée et la volonté des personnes, et la plupart des autres groupes en font autant ».
Ceci amène à faire une comparaison avec les musiques populaires africaines. Il existe une pratique africaine que les spécialistes appellent « Tradithérapie ». Il s’agit d’une sorte de psychothérapie de groupe par laquelle on cherche, au moyen de l’état de transe provoqué par les battements rapides du tam-tam, la présence de tous les membres de la tribu, la mise en scène (sacrifice d’animaux, aspersion des communiants avec du sang), les incantations et les exhortations, à rétablir l’équilibre de l’individu en le réintégrant moralement et affectivement dans le cadre de son clan, de sa famille, de ses ancêtres, de ses dieux. Ceci se traduit notamment par des scènes de copulation.
Dans ce contexte, on constate que la musique peut être utilisée dans un but de propagande. Il ne s’agit pas d’inciter l’individu à réfléchir. Cet état de transe provoqué par les musiques au rythme syncopé (donc pas seulement le rock) ont donc dans certains contextes (rassemblement d’une population pour l’inciter à aller au front, à s’égosiller dans une manifestation...), un but affiché de propagande. Il s’agira de penser et d’agir comme la musique.
Néanmoins, un bémol doit être souligné quant à l’influence de la musique sur notre volonté. Selon l’ethnologue François Rouget, il n’y a en réalité pas de lien intrinsèque entre la musique et les situations de transe qu’elle induit, non qu’il n’y a pas de lien de causalité entre transe et musique, mais simplement parce que c’est en réalité le sujet (l’auditeur) qui se met lui-même dans cet état, en « communiant » avec l’artiste, ce qui rejoint l’idée de la divinisation du musicien par l’auditeur (cf supra, ce que nous avons écrit sur la catharsis dans le rock n’roll). En fait, dans les situations de transe, la musique n’est qu’un support déterminant pour provoquer la transe, mais la musique ne peut pas elle-seule provoquer la transe sans une acceptation du sujet. En d’autre terme : il faut qu’un contrat bilatéral s’établisse entre l’auditeur et le musicien. Le musicien doit exposer son message, et l’auditeur l’accepter. Tant qu’il ne l’accepte pas, l’auditeur ne peut pas « subir » la musique. Voici comment conclu François Rouget :
« On s’est souvent représenté la musique comme douée du pouvoir mystérieux de déclencher la possession et les musiciens de la possession comme détenteurs d’un mystérieux savoir qui leur permet de le manipuler.
Il n’en est rien […]. Il n’y a là aucun mystère. S’il y en a un, c’est dans la transe elle-même, comme fait de conscience, qu’il réside, et s’il faut en chercher une explication, c’est apparemment dans la toute puissance d’une certaine conjonction de l’émotion et de l’imaginaire qu’on la trouvera. C’est d’elle que naît la transe. La musique ne fait que la socialiser et lui permettre de s’épanouir. » (Gilbert Rouget, La musique et la transe, Gallimard, 1990 (1ère éd 1980), cité par Pierre Benoît, in « Les Chrétiens et les Musiques Actuelles »)
Maintenant : il apparaît certain que culturellement, notre contemporain est habitué à satisfaire ses émotions par le biais du support musical. Il a donc, culturellement parlant, une importante propension à se laisser piéger par la musique, d’autant plus s’il est jeune. L’étude du musicien Alain Busschaert auprès des jeunes est à ce titre essentielle. Ayant enseigné de nombreuses années, il proposait à ses jeunes élèves un sujet sur lequel ils étaient entièrement libre d’écrire, voire de dessiner : « que vous fait ressentir la musique ? » Il a réuni plusieurs milliers de copies, et a commencé à exposer un travail de statistiques très intéressant. Il en a fait part dans un article paru dans famille Chrétienne en 1988, et a laissé un certain nombre de ces copies en consultation libre sur le site de l’association Anne-Lise et Julien. Il en ressort essentiellement que la musique influence notablement le comportement des jeunes, pour le meilleur, comme pour le pire. 
Pour certains musicothérapeutes, comme Rolando Benezon et Valter Dadone, les mouvements de transe provoqués lors des fêtes technos constituent une sorte de « séance de musicopsychothérapie de groupe dans laquelle le thérapeute (disc-jockey) produit des stimuli sonoro-musicaux en interagissant avec les gens et en laissant libres les expressions corporelles et la créativité individuelle (…) Tout cela se rapproche d’un état d’altération de la conscience (…) C’est l’idée de la musique constituée par un flux sonore continu sur lequel celui qui écoute peut se laisser porter librement par le son comme une espèce de flux sanguin fœtal. C’est également pour cette raison qu’il y a une induction d’effets régressifs, qui est ce que je considère comme le plus dangereux, du fait de ne pas être accompagné par un partenaire musicopsychothérapeute. En réalité, ce sont des états de groupe qui vont à la dérive par des voies insoupçonnées et qui sont abandonnées au libre arbitre de la personnalité de chacun » (In Eugène Jacques, « La Musique et ses effets », p 70). Bien entendu, il n’y a aucune raison pour que ce phénomène ne puisse pas ne pas être généralisé à d’autres formes d’expressions musicales, mais il est vrai également qu’il a plus de chance de se retrouver dans les rassemblements du genre « rave » ou « free parties » ou la conscience est déjà altérée par la prise de drogues.
(c) Conséquence de l’écoute du rock n’ roll sur le développement du cerveau humain.
Il s’agit ici de la conséquence la plus « discutée » aujourd’hui en matière de neurosciences, et l’actualité récente a montré combien ce sujet avait évolué ces dix dernières années, avec l’ouvrage de référence en la matière d’Oliver Sacks : « Musicophilia, la Musique, le Cerveau et nous » (2009), ou encore, l’ouvrage de Daniel Lévitin « De la Note au Cerveau » (2010).
Cependant, il n’apparaît pas que ces ouvrages traitent du rock n’roll, mais plutôt de l’influence de la musique sur notre comportement, sans stigmatiser tel ou tel genre de musique.
Pourtant, lorsque le Professeur Lucien Israël écrit « Cerveau droit, Cerveau gauche, Cultures et civilisations », il y est question de musique, de « grande musique » qu’il oppose aux « avatars modernes de la musique populaire que sont le rock, le rap et les sonorités appareillées » (In Lucien Israël, p 191), mais auparavant un constat s’impose. Les découvertes neurologiques de ses 50 dernières années ont tenté d’analyser le fonctionnement du cerveau humain. Loin de nous l’idée de tenter de décrypter de façon simpliste comment fonctionne le cerveau. Lucien Israël faisait d’ailleurs remarquer dans l’une de ses interviews que le nombre de connexions dans un simple cerveau humain était équivalent – voire supérieur – au nombre de particules dans l’univers, et qu’en conséquence, il ne sera jamais possible de comprendre de façon absolue comment fonctionne ne serait ce qu’un seul cerveau humain (« il y a dans le cerveau entre trente et soixante milliards de cellules, peut être même cent milliard. Chacune comporte des prolongements qui se ramifient jusqu’à constituer des milliers de branches distinctes, lesquelles prennent contact avec les extrémités identiques de milliers d’autres cellules, en des jonctions qu’on appelle des synapses » Lucien Israël, p 26). En outre, malgré la qualité des recherches neurologiques, les neurosciences sont des sciences récentes. Nous n’en sommes probablement qu’aux balbutiements.
Néanmoins, des faits se sont avérés dans l’examen du cerveau humain qui schématiquement est divisé en deux pôles (c’est effectivement plus complexe, et les médecins, neurologues ou autre professionnels de la santé voudront bien pardonner au béotien que je suis, j’espère) : l’hémisphère droit et l’hémisphère gauche. Ces termes sont d’ailleurs aujourd’hui plutôt décriés, car dépendent de la latéralisation des individus (selon par exemple qu’on est droitier ou gaucher). Schématiquement, le cerveau droit est le siège des passions, et le cerveau gauche, celui de la raison. Fermons ici cette parenthèse, et revenons à nos moutons, c'est-à-dire la musique, et particulièrement le rock n’roll.
Dans son ouvrage, « Musique, Intelligence et personnalité », le docteur Nghiem s’était aperçu que le rock n’ roll, et plus généralement, les musiques aux rythmes syncopés avaient une propension plus importante à favoriser les stimuli du cerveau droit au détriment du cerveau gauche. Pour le docteur Nghiem Mhin Dung, les musiques aux rythmes syncopées (donc le rock) empêchent nécessairement l’individu de poser un acte de volonté. Ce sont des musiques de passions utilisées pour « niveler la population par le bas ».
Nous ne pouvons pas suivre la voie du Docteur Nghiem Mhin Dung, pour cette simple raison qu’il n’y a pas que le rock n’roll et autres musiques rythmées qui s’adressent principalement au cerveau droit. C’est le cas de la musique en général, du moins pour ce qui est de la mélodie et de l’harmonie. Le rythme, quant à lui, favorise les stimuli du cerveau gauche. Nous suivrons plus volontiers le Professeur Lucien Israël qui nous précise que musicalement, « nous (…) sommes vécus par le cerveau droit, pour le meilleur et pour le pire.
« Pour le pire » est peut être une expression appropriée. Je veux parler des avatars moderne de la musique populaire que sont le rock, le rap et les sonorités appareillées (…).
Ce qui fait aujourd’hui vibrer les jeunes d’occident, mais aussi par exemple ceux du Japon, c’est une musique tout aussi capable que l’autre d’induire des transes, mais qui, de ce point de vue, se comparerait davantage aux drogues dures que douces. Elle provoque une sorte d’agressivité triste, de communion dans la violence et l’insatisfaction qui n’élève pas l’âme, qui ne constitue certainement pas « le meilleur soutien des affligés », mais plutôt injecte solitude, révolte, désespoir, à une jeunesse qui a déjà trop de raison objective de s’inquiéter. Il ne saurait bien entendu être question d’utiliser la musique comme un tranquillisant destiné à conjurer l’angoisse ou à paralyser une révolte constructive nécessaire. Mais effets et causes dansent d’un même mouvement et finissent par se confondre. Il serait souhaitable que des études menées par des neurobiologistes et des neuropsychologues comparent les effets sur les esprits d’une sonate de Beethoven et d’un air de rock, d’une partita de Bach et d’un morceau de rap. En plus de l’effet de catharsis, on pourrait peut être déceler quelques effets pervers sur les âmes, dont la physiologie neuronale pourrait rendre compte. »
Or à ce jour, aucune étude comparative sérieuse n’a été réalisée sur différents genres de musique. Il y a eu bien sûr cette fameuse étude sur l’effet « Mozart », mais voici ce qu’en a écrit récemment Elisabeth Gordon dans l’Hebdo du 17 février 2010.
«Prélude ou requiem pour l’effet Mozart?». En titrant ainsi un de ses articles, en 1999, Nature a tenté de mettre un terme à une vive polémique qu’elle avait elle-même allumée. Six ans plus tôt, la revue scientifique avait en effet publié une étude de la psychologue américaine Frances Rauscher qui montrait qu’après avoir écouté de la musique du compositeur autrichien pendant dix minutes, des étudiants californiens amélioraient leur quotient intellectuel. «L’effet Mozart» était né, sous-entendant que la simple et brève écoute de cette musique rendait plus intelligent. La nouvelle a été reprise par les médias du monde entier et elle a même incité l’Etat de Géorgie à offrir des CD du compositeur aux femmes enceintes afin d’accroître le QI de leurs futurs bébés.
Depuis, les assertions de la psychologue américaine ont été vivement critiquées par la plupart de ses collègues, qui ont jugé que son «protocole expérimental était inadéquat», comme l’écrit Daniel Levitin, et qui n’ont pour la plupart pas pu reproduire ses résultats. Lorsqu’ils y parviennent, «l’amélioration observée s’explique par un simple effet d’éveil», commente Isabelle Peretz, ajoutant que l’écoute d’une histoire captivante a sur les étudiants le même effet. »
Bref, il nous faut le confesser : dire que le rock n’roll détruit le cerveau n’est à ce jour pas prouvé, mais dire qu’il ne le détruit pas n’est pas non plus prouvé. Tout le moins, reste ce problème de transe, mais il n’a pas été expérimenté sérieusement dans les neurosciences. Tout ce que l’on peut retenir de l’utilisation de la musique dans les neurosciences aujourd’hui est qu’il a été constaté certains effets bénéfiques de la musique pour soigner certaines maladies neurologiques, comme la maladie d’Elsheimer ou la maladie de Parkinson. En aucun cas le rock n’roll n’a été fustigé, et à ma connaissance, il ne m’est pas apparu que le Professeur Oliver Sacks se soit spécifiquement penché sur la question du Rock n’roll. C’est pourtant le souhait d’un Lucien Israël, et c’est évidemment le mien.
Dans les prochains billets, nous tenterons de capter schématiquement les messages propre au rock n’roll.
Sources
-    « Musique, intelligence et personnalité. » (Dr Nghiem Minh Dung, éd. Godfroy de Bouillon, 1995).
-     Extraits de l’interview d’Alain Busschaert effectué par Luc Adrian le 27/05/1993 dans le magazine « Famille chrétienne » (http://alain.busschaert.free.fr)
-     « Cerveau droit Cerveau Gauche – Cultures et civilisations » (Lucien Israël – Librairie Plon – 1995)
-       « Musicophilia, La musique, le cerveau, et nous » (Oliver Sacks, seuil, 2009)
-       « La musique et ses effets – la musicothérapie » (Eugène Jacques, les éditions Quebecor, 2006)
-     « Adorateurs du diable et rock satanique » (Mgr Corrado Balducci – Pierre Téqui – avril 1994)
-       « Les Chrétiens et les musiques actuelles » (Pierre Benoît – Edition des Béatitudes, octobre 2010)
-       « La Loi du Rock », Claude Chastagner, ed. Climats, 1998
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