Tout d’abord : en cette nouvelle année 2013, je tiens à vous souhaiter tous mes vœux de bonne, heureuse, et surtout sainte année. Je reprends donc mon fil de discussion sur le rock et le metal, et termine cette partie entamée sur le contenu du rock n’roll en traitant de l’influence de la musique rock sur le comportement humain. Pourquoi nous fait-elle vibrer, pourquoi sommes-nous tenter d’augmenter le volume lorsqu’on écoute cette musique ?
Autant de question auquel j’esquisse des débuts de réponse… Ces réponses vous plairont… ou pas… Certains y verront une volonté de ma part de diabolisation du rock, car ce qui va suivre n’est effectivement pas un plaidoyer POUR la musique rock. Rassurez vous, ce n’est pas non plus un plaidoyer CONTRE. Je ne vais pas répondre maintenant aux hypothétiques âpres commentaires qui vont m’être fait. J’en profite également pour rappeler aux visiteurs de ce blog qu’il est TRES IMPORTANT de lire mes billets depuis le début. En haut à gauche : cliquez sur l’onglet « Rock et metal ». Ne tardons plus ; je vous laisse lire le fruit de mes petites recherches : bonne lecture à tous !
Ceci est connu : la musique est un facteur extrêmement puissant de développement des émotions humaines. Sur un plan sociologique, il a été considéré que cette musique pouvait avoir une certaine fonction cathartique (a), mais il apparaît que sur un plan plus scientifique, médical pourrions nous dire (les médecins l’expérimentent et le démontrent), le rock n’ roll a une influence sur le comportement humain (b).
1°) La fonction cathartique du Rock n’roll
Il est évident que le divertissement est un bon moyen pour fuir la morosité ambiante qui entoure notre monde social, pour se détacher également de nos activités quotidiennes. Il peut s’agir de sport, il peut également s’agir de musique. On peut se réfugier dans un stade ou derrière sa télévision pour applaudir les performances sportives d’une bonne équipe de football. C’est un moyen de s’évader, de se divertir, de changer d’air. C’est ce que Saint Thomas d’Aquin nomme : « la vertu d’eutrapélie », la vertu du divertissement. On peut également se réfugier dans une salle de concert pour venir y écouter sa musique préférée.
On peut donc se poser légitimement la question de savoir si l’écoute du rock n’roll participe de cette vertu du divertissement.
Les sociologues ont tendance à considérer que le rock n’roll participe d’une catharsis qui permet de canaliser les violences des membres physiques de la société. Selon Claude Chastagner, la musique rock « prévient la violence en la convoquant, l’inocule tel un vaccin pour mieux en guérir… Pour continuer d’agir, la musique doit pourtant garder la trace de son origine brutale… La musique rock, dans sa simplicité populaire, renoue avec ce besoin d’art direct, vivant, « cruel », (…). Elle intègre cette part de violence indispensable à son rôle cathartique. Le rock se présente comme le prolongement le plus direct du rituel sacrificiel dans la culture contemporaine, il purge la collectivité de ses tensions en les reportant sur un élément extérieur dont il procède ensuite à l’expulsion, la star. » (In « La Loi du Rock », p. 123-127, ed. Climats, 1998, cité par Alain Lambert sur musicologie.org).
Il est donc indéniable que si l’on considère que le rock n’roll permet d’évacuer les tensions de violence sociale par ses membres physiques, cette musique apparaît vertueuse en tant que moindre mal pour éviter un mal plus grand. En effet, l’auditeur de la musique rock évacue cette violence en lui-même au lieu de l’évacuer sur le corps social, ce qui pour un certain nombre de médecins, ou musicothérapeutes n’est qu’une vue de l’esprit comme il sera l’occasion de le démontrer un peu plus loin. Tout le moins, dans l’absolu, il est possible que l’évacuation de cette violence en soi-même permette d’éviter un plus grand mal pour le corps social, ce qui ne semble pas forcément exact pour l’individu.
En outre, cette catharsis sociale procurée par l’écoute du rock n’roll démontre d’une philosophie négative du corps social. C’est parce que le corps social est mauvais pour l’individu que ce dernier a besoin de musique. Cela nous renvoi à la célèbre thèse de Jean-Jacques Rousseau : « l’homme naît naturellement bon, c’est la société qui le corrompt ».
Pareillement, si l’on doit considérer le corps social comme étant un pur « contrat », un « contrat social » qui n’existe que parce qu’à un moment, un être humain a voulu se faire supérieur à un autre, provoquant en l’un une souffrance (le dominé), et en l’autre une satisfaction (le dominant), et la musique, le moyen d’évacuer la violence qui pourrait émaner légitimement de cette situation de souffrance de la part du dominé, il en résulte que, non seulement la musique a une fonction éminemment sociale, mais également divine, puisqu’elle permet à chaque membre physique du corps social d’oublier ses rancœurs, ses haines vis-à-vis de son dominant. Par contre si l’on devait considérer comme Aristote que l’homme est un être naturellement social, le corps social ne naît pas nécessairement d’une souffrance, et le contrat social n’existe simplement que parce qu’il est naturel. La musique pourrait participer d’une autre fonction que celle de la catharsis pour le corps social.
La fonction cathartique de la musique amène à sa divinisation. Mais il ne s’agira pas d’une divinisation intellectuelle. Il s’agira d’une divinisation du divertissement. Dans la lignée de Nietzsche, Claude Chastagner explique : « Le rock est une survivance du rituel sacrificiel affaibli et désacralisé par le travail de sape de la parole du Christ, mais, comme tous les avatars contemporains du sacrifice, du sport à la politique, encore partiellement efficace (…), la musique n’apparaît qu’avec la ritualisation de cette violence » (Claude Chastagner, id, p 123-127). (à lire également, cet intéressant billet sur la catharsis dans le Black Metal, sur Inner Light).
Ainsi, le rock aurait un rôle éminemment social. Mais que devient l’individu dans tout cela ? Lui qui se voit obligé de supporter un moindre mal pour éviter un mal plus grand ? Ce n’est pas la sociologie qui peut répondre à cette question, mais bien la science, et plus précisément la médecine.
2°) Aspects médicaux
L’écoute de la musique influe sur notre physiologie et sur notre psychisme. Il s’est avéré qu’aux vus des études réalisées l’écoute réitérée des musiques issues du rock pouvait donc engendrer des vicissitudes physiologiques (1) et des vicissitudes psychiques (2).
(1) Les vicissitudes physiologiques du rock.
Le musicothérapeute Adam Knieste explique : « Le problème central causé par la musique rock chez les patients que j’ai traités découle clairement de l’intensité du bruit qui provoque l’hostilité, l’épuisement, le narcissisme, la panique, l’indigestion, l’hypertension et une étrange narcose. Le rock n’est pas un passe-temps inoffensif. C’est une drogue plus mortelle que l’héroïne et qui empoisonne la vie de nos jeunes » (Balducci, p. 150).
Le rock provoque au moins deux sortes de vicissitudes physiques :
- troubles de l’ouïe,
- troubles sexuels.
(a) Troubles de l’ouïe.
Le rock est une musique qui s’écoute fort. Comme disent les jeunes, « on fout le volume à donf ! » Dans les boîtes de nuits et les concerts, la musique est tellement forte qu’on a l’impression que le cœur va décoller et que les tympans vont éclater. Lorsqu’on sort de ces endroits, on a l’impression d’avoir les oreilles dans du coton. C’est sans doute qu’écouter de la musique si fort, ça n’est pas très bon pour les oreilles. Les sondages aujourd’hui montrent que les gens sont atteints de surdité très tôt, en raison de la fréquentation des boîtes de nuits, des concerts, et surtout, par le fait de l’apparition du walkman. Les statistiques chiffrées seront évoquées un peu plus loin.
Précisons cependant que ce n’est pas tant le fait d’écouter du rock qui provoque des troubles de l’ouïe, mais le fait de l’écouter fort. Les oreilles auraient du mal à apprécier une écoute prolongée de grégorien ou de musique classique à plus de 120 décibels.
Quoi qu’il en soit, le rock est généralement une musique qui s’écoute fort. Il y a même un mode qui consiste à avoir la sono la plus puissante possible dans sa voiture : le « tuning ».
On peut cependant se demander pourquoi la musique rock s’écoute fort. Le docteur Nghiem Minh Dung répond : la musique rock (notamment le hard rock), qui s’inspire des rythmes « afros » (les autres auteurs préfèrent quant à eux parler de « rythmes populaires des noirs »), est axée sur l’exagération des sons sur basses fréquences (sons graves). Plus une musique comporte de sons graves, plus le sujet a l’intention d’augmenter le volume.
(b) Troubles sexuels
La signification même du mot « rock n’ roll » nous dira mieux ce qu’on entend par troubles sexuels avec ce genre de musique, mais d’un côté purement thérapeutique, les médecins ont prouvé que le rock engendrait des troubles sexuels.
Dans une étude réalisée sur plus de 200 patients par une équipe médicale de Cleveland dirigée par Bob Larson, « les vibrations de basse fréquence, dues à l’amplification des guitares-basses, auxquelles s’ajoutent l’effet répétitif du beat, produisent un effet considérable sur le liquide cérébro-spinal. A son tour, ce liquide affecte directement la glande pituitaire qui commande la sécrétion d’hormones. Le résultat global est un déséquilibre des hormones sexuelles et surrénales, ainsi qu’un changement radical du taux d’insuline dans le sang, de sorte que les diverses fonctions de contrôle des inhibitions morales tombent en-dessous du seuil de tolérance ou sont complètement neutralisées » (in Balducci, p 150).
En résumé, l’écoute prolongée de rock n’roll favorise l’érotisme. Cela rejoint également les expériences du docteur William Sargant de la « Royal Society of Medecine » qui a déclaré : « j’ai des films qui démontrent que les rythmes primitifs d’une tribu primitive au Kenya et un groupe de musiciens dans une salle de danse produisent les mêmes effets de transe. »
D’autres inconvénients ont pu également être répertoriés. Dans ce même rapport de Bob Larson, « on a noté que cette musique pouvait avoir des effets physiques étonnants : changement dans le pouls et la respiration, sécrétion accrue des glandes endocrines, en partie de la glande pituitaire qui règle les processus vitaux de l’organisme. Quand la mélodie monte, le larynx se contracte. Quand elle descend, il se relâche. Le métabolisme de base et le taux de sucre dans le sang se modifient au cours d’une audition. On peut donc envisager de jouer sur l’organisme humain, comme un instrument musical (…) » (Balducci, p 151).
Et de fait, certains musiciens n’ont pas hésité à avouer que leur objectif était de s’emparer du corps humain. Nous l’avions déjà souligné plus avant.
(2) Les vicissitudes psychiques du rock.
La musique rock, nous venons de le voir, engendre des effets néfastes sur le comportement physique de l’homme. Ses effets physiques se répercutent sur le psychisme de l’individu. La philosophie nous enseigne en effet que notre intelligence s’éduque à raison de notre connaissance du monde par les sens externes. Si dès lors nos sens externes sont déréglés, notre perception du monde le sera aussi. C’est ce que tend à démontrer le docteur Nghiem Minh Dung.
(a) Conséquences psychiques du fait des troubles de l’ouïe engendrées par la musique rock.
Ces conséquences peuvent être le fait de l’augmentation du bruit en général, mais depuis l’apparition du rock n’ roll et du walkman on s’est aperçu que la surdité partielle a augmenté de façon considérable dans les pays européens. D’après le Docteur Mouret (musicothérapeute), on dénombre un million d’adolescents atteints de surdité partielle en Grande Bretagne. En Suède, le taux de surdité partielle de la population est passé de 1,5 % à 19,3 % en l’espace de dix ans. En France, 25 % du contingent français est atteint de surdité partielle. On sait aujourd’hui que l’augmentation de la surdité n’est pas seulement due à l’augmentation du bruit en ville, mais aussi en raison de la fréquentation des concerts rocks et des boîtes de nuits. C’en est devenu un phénomène de société.
Cette augmentation de la surdité engendre différentes sortes de troubles : comportements agressifs, querelles de ménages... Ce phénomène a d’ailleurs été pris très au sérieux par les autorités françaises, et principalement a été édité un guide de recommandation aux maires de France sur le bruit, et le législateur a pu prendre certaines dispositions de manière à éviter de trop grandes pollutions sonores liées à l’organisation des concerts et festivals (Code Santé Publique - R1334-33, Code environnement - L571-23, Code environnement - L571-17). Malheureusement pour les riverains des festivals, les seuils de tolérance en terme de décibels sont régulièrement dépassés, ce qui vaut tant pour le HellFest de Clisson, mais également pour les autres festivals.
Selon le Docteur Nghiem Minh Dung, la surdité précoce engendre d’autre part des troubles psychiques graves chez les enfants. On constate du fait de ces troubles une augmentation des échecs scolaires. Schématiquement, on sait que l’écoute, qui se fait par les oreilles est sous le contrôle du cerveau, autrement dit de l’état d’esprit de l’individu, de la volonté ou du refus souvent inconscient d’écouter, c’est à dire capter, analyser, comprendre et enregistrer l’information sonore. Ainsi, par exemple, à la suite de chocs affectifs répétés avec les parents, l’enfant refuse inconsciemment de les écouter, parce que l’écoute suscite en lui une souffrance. Alors, à son insu, les muscles de l’accommodation de l’oreille se relâchent, et la transmission mécanique de l’oreille moyenne se fait mal, si bien que les messages (ordres, leçons, conseils) cessent d’être enregistrés. L’enfant masque la source de ses désagréments qu’il ne peut physiquement éloigner. Il entend bien, mais il n’écoute pas ; on dit que l’enfant fait le sourd (on parle communément de « guérilla de l’enfant »). Les pédiatres spécialistes des difficultés scolaires graves reconnaissent que ces troubles peuvent naître de la pollution de l’écoute. En bref, l’excès de décibels provoqué par l’écoute du rock n’ roll favorise la guérilla de l’enfant.
(b) Conséquences de l’écoute du rock n’ roll sur la volonté.
Plus grave que les troubles de l’ouïe, on sait que l’écoute de la musique en générale influe sur la volonté. Toujours selon le docteur Nghiem Mhin Dung, les méthodes d’induction de la psychose collective par martèlement émotionnel utilisées par les rockers sont calquées sur celles des agitateurs révolutionnaires, des meneurs de foules, et des organisations de manifestations de masse. Toute personne inattentive, trop confiante (sympathisante), trop spontanée, donc pas du tout habituée à surveiller et à contrôler ses propres émotions et sentiments en public, risque de voir son cerveau émotionnel capté et dominé par les agitateurs professionnels connaissant bien les trucs de la manipulation. On peut donner quelques exemples :
Tout d’abord, on sait que, pour donner du cœur au ventre aux troufions on les faisait monter au front au son du tambour et de la trompette...
Ensuite, on utilise les musiques rythmées pour les manifestations de grande envergure. C’était le cas pour la manifestation contre le PACS en 1999. Est-ce que cela le sera pour la manifestation du 13 janvier prochain contre le projet de loi relatif au mariage pour tous ? Sans doute y a-t-il là matière à réfléchir sur la manière dont se déroulera cette manifestation. Est il souhaitable que matériel de sonorisation et tuti quanti soient utilisés dans un but de propagande anti-mariage gay, avec gros son de rock et techno ?
Enfin, les concerts rocks peuvent engendrer des scènes de violences, ce qui a été admis par certains musiciens d’ailleurs.
Mick Jagger, leader des Rolling Stones a pu déclarer : « Nous travaillons toujours à diriger la pensée et la volonté des personnes, et la plupart des autres groupes en font autant ».
Ceci amène à faire une comparaison avec les musiques populaires africaines. Il existe une pratique africaine que les spécialistes appellent « Tradithérapie ». Il s’agit d’une sorte de psychothérapie de groupe par laquelle on cherche, au moyen de l’état de transe provoqué par les battements rapides du tam-tam, la présence de tous les membres de la tribu, la mise en scène (sacrifice d’animaux, aspersion des communiants avec du sang), les incantations et les exhortations, à rétablir l’équilibre de l’individu en le réintégrant moralement et affectivement dans le cadre de son clan, de sa famille, de ses ancêtres, de ses dieux. Ceci se traduit notamment par des scènes de copulation.
Dans ce contexte, on constate que la musique peut être utilisée dans un but de propagande. Il ne s’agit pas d’inciter l’individu à réfléchir. Cet état de transe provoqué par les musiques au rythme syncopé (donc pas seulement le rock) ont donc dans certains contextes (rassemblement d’une population pour l’inciter à aller au front, à s’égosiller dans une manifestation...), un but affiché de propagande. Il s’agira de penser et d’agir comme la musique.
Néanmoins, un bémol doit être souligné quant à l’influence de la musique sur notre volonté. Selon l’ethnologue François Rouget, il n’y a en réalité pas de lien intrinsèque entre la musique et les situations de transe qu’elle induit, non qu’il n’y a pas de lien de causalité entre transe et musique, mais simplement parce que c’est en réalité le sujet (l’auditeur) qui se met lui-même dans cet état, en « communiant » avec l’artiste, ce qui rejoint l’idée de la divinisation du musicien par l’auditeur (cf supra, ce que nous avons écrit sur la catharsis dans le rock n’roll). En fait, dans les situations de transe, la musique n’est qu’un support déterminant pour provoquer la transe, mais la musique ne peut pas elle-seule provoquer la transe sans une acceptation du sujet. En d’autre terme : il faut qu’un contrat bilatéral s’établisse entre l’auditeur et le musicien. Le musicien doit exposer son message, et l’auditeur l’accepter. Tant qu’il ne l’accepte pas, l’auditeur ne peut pas « subir » la musique. Voici comment conclu François Rouget :
« On s’est souvent représenté la musique comme douée du pouvoir mystérieux de déclencher la possession et les musiciens de la possession comme détenteurs d’un mystérieux savoir qui leur permet de le manipuler.
Il n’en est rien […]. Il n’y a là aucun mystère. S’il y en a un, c’est dans la transe elle-même, comme fait de conscience, qu’il réside, et s’il faut en chercher une explication, c’est apparemment dans la toute puissance d’une certaine conjonction de l’émotion et de l’imaginaire qu’on la trouvera. C’est d’elle que naît la transe. La musique ne fait que la socialiser et lui permettre de s’épanouir. » (Gilbert Rouget, La musique et la transe, Gallimard, 1990 (1ère éd 1980), cité par Pierre Benoît, in « Les Chrétiens et les Musiques Actuelles »)
Maintenant : il apparaît certain que culturellement, notre contemporain est habitué à satisfaire ses émotions par le biais du support musical. Il a donc, culturellement parlant, une importante propension à se laisser piéger par la musique, d’autant plus s’il est jeune. L’étude du musicien Alain Busschaert auprès des jeunes est à ce titre essentielle. Ayant enseigné de nombreuses années, il proposait à ses jeunes élèves un sujet sur lequel ils étaient entièrement libre d’écrire, voire de dessiner : « que vous fait ressentir la musique ? » Il a réuni plusieurs milliers de copies, et a commencé à exposer un travail de statistiques très intéressant. Il en a fait part dans un article paru dans famille Chrétienne en 1988, et a laissé un certain nombre de ces copies en consultation libre sur le site de l’association Anne-Lise et Julien. Il en ressort essentiellement que la musique influence notablement le comportement des jeunes, pour le meilleur, comme pour le pire.
Pour certains musicothérapeutes, comme Rolando Benezon et Valter Dadone, les mouvements de transe provoqués lors des fêtes technos constituent une sorte de « séance de musicopsychothérapie de groupe dans laquelle le thérapeute (disc-jockey) produit des stimuli sonoro-musicaux en interagissant avec les gens et en laissant libres les expressions corporelles et la créativité individuelle (…) Tout cela se rapproche d’un état d’altération de la conscience (…) C’est l’idée de la musique constituée par un flux sonore continu sur lequel celui qui écoute peut se laisser porter librement par le son comme une espèce de flux sanguin fœtal. C’est également pour cette raison qu’il y a une induction d’effets régressifs, qui est ce que je considère comme le plus dangereux, du fait de ne pas être accompagné par un partenaire musicopsychothérapeute. En réalité, ce sont des états de groupe qui vont à la dérive par des voies insoupçonnées et qui sont abandonnées au libre arbitre de la personnalité de chacun » (In Eugène Jacques, « La Musique et ses effets », p 70). Bien entendu, il n’y a aucune raison pour que ce phénomène ne puisse pas ne pas être généralisé à d’autres formes d’expressions musicales, mais il est vrai également qu’il a plus de chance de se retrouver dans les rassemblements du genre « rave » ou « free parties » ou la conscience est déjà altérée par la prise de drogues.
(c) Conséquence de l’écoute du rock n’ roll sur le développement du cerveau humain.
Il s’agit ici de la conséquence la plus « discutée » aujourd’hui en matière de neurosciences, et l’actualité récente a montré combien ce sujet avait évolué ces dix dernières années, avec l’ouvrage de référence en la matière d’Oliver Sacks : « Musicophilia, la Musique, le Cerveau et nous » (2009), ou encore, l’ouvrage de Daniel Lévitin « De la Note au Cerveau » (2010).
Cependant, il n’apparaît pas que ces ouvrages traitent du rock n’roll, mais plutôt de l’influence de la musique sur notre comportement, sans stigmatiser tel ou tel genre de musique.
Pourtant, lorsque le Professeur Lucien Israël écrit « Cerveau droit, Cerveau gauche, Cultures et civilisations », il y est question de musique, de « grande musique » qu’il oppose aux « avatars modernes de la musique populaire que sont le rock, le rap et les sonorités appareillées » (In Lucien Israël, p 191), mais auparavant un constat s’impose. Les découvertes neurologiques de ses 50 dernières années ont tenté d’analyser le fonctionnement du cerveau humain. Loin de nous l’idée de tenter de décrypter de façon simpliste comment fonctionne le cerveau. Lucien Israël faisait d’ailleurs remarquer dans l’une de ses interviews que le nombre de connexions dans un simple cerveau humain était équivalent – voire supérieur – au nombre de particules dans l’univers, et qu’en conséquence, il ne sera jamais possible de comprendre de façon absolue comment fonctionne ne serait ce qu’un seul cerveau humain (« il y a dans le cerveau entre trente et soixante milliards de cellules, peut être même cent milliard. Chacune comporte des prolongements qui se ramifient jusqu’à constituer des milliers de branches distinctes, lesquelles prennent contact avec les extrémités identiques de milliers d’autres cellules, en des jonctions qu’on appelle des synapses » Lucien Israël, p 26). En outre, malgré la qualité des recherches neurologiques, les neurosciences sont des sciences récentes. Nous n’en sommes probablement qu’aux balbutiements.
Néanmoins, des faits se sont avérés dans l’examen du cerveau humain qui schématiquement est divisé en deux pôles (c’est effectivement plus complexe, et les médecins, neurologues ou autre professionnels de la santé voudront bien pardonner au béotien que je suis, j’espère) : l’hémisphère droit et l’hémisphère gauche. Ces termes sont d’ailleurs aujourd’hui plutôt décriés, car dépendent de la latéralisation des individus (selon par exemple qu’on est droitier ou gaucher). Schématiquement, le cerveau droit est le siège des passions, et le cerveau gauche, celui de la raison. Fermons ici cette parenthèse, et revenons à nos moutons, c'est-à-dire la musique, et particulièrement le rock n’roll.
Dans son ouvrage, « Musique, Intelligence et personnalité », le docteur Nghiem s’était aperçu que le rock n’ roll, et plus généralement, les musiques aux rythmes syncopés avaient une propension plus importante à favoriser les stimuli du cerveau droit au détriment du cerveau gauche. Pour le docteur Nghiem Mhin Dung, les musiques aux rythmes syncopées (donc le rock) empêchent nécessairement l’individu de poser un acte de volonté. Ce sont des musiques de passions utilisées pour « niveler la population par le bas ».
Nous ne pouvons pas suivre la voie du Docteur Nghiem Mhin Dung, pour cette simple raison qu’il n’y a pas que le rock n’roll et autres musiques rythmées qui s’adressent principalement au cerveau droit. C’est le cas de la musique en général, du moins pour ce qui est de la mélodie et de l’harmonie. Le rythme, quant à lui, favorise les stimuli du cerveau gauche. Nous suivrons plus volontiers le Professeur Lucien Israël qui nous précise que musicalement, « nous (…) sommes vécus par le cerveau droit, pour le meilleur et pour le pire.
« Pour le pire » est peut être une expression appropriée. Je veux parler des avatars moderne de la musique populaire que sont le rock, le rap et les sonorités appareillées (…).
Ce qui fait aujourd’hui vibrer les jeunes d’occident, mais aussi par exemple ceux du Japon, c’est une musique tout aussi capable que l’autre d’induire des transes, mais qui, de ce point de vue, se comparerait davantage aux drogues dures que douces. Elle provoque une sorte d’agressivité triste, de communion dans la violence et l’insatisfaction qui n’élève pas l’âme, qui ne constitue certainement pas « le meilleur soutien des affligés », mais plutôt injecte solitude, révolte, désespoir, à une jeunesse qui a déjà trop de raison objective de s’inquiéter. Il ne saurait bien entendu être question d’utiliser la musique comme un tranquillisant destiné à conjurer l’angoisse ou à paralyser une révolte constructive nécessaire. Mais effets et causes dansent d’un même mouvement et finissent par se confondre. Il serait souhaitable que des études menées par des neurobiologistes et des neuropsychologues comparent les effets sur les esprits d’une sonate de Beethoven et d’un air de rock, d’une partita de Bach et d’un morceau de rap. En plus de l’effet de catharsis, on pourrait peut être déceler quelques effets pervers sur les âmes, dont la physiologie neuronale pourrait rendre compte. »
Or à ce jour, aucune étude comparative sérieuse n’a été réalisée sur différents genres de musique. Il y a eu bien sûr cette fameuse étude sur l’effet « Mozart », mais voici ce qu’en a écrit récemment Elisabeth Gordon dans l’Hebdo du 17 février 2010.
«Prélude ou requiem pour l’effet Mozart?». En titrant ainsi un de ses articles, en 1999, Nature a tenté de mettre un terme à une vive polémique qu’elle avait elle-même allumée. Six ans plus tôt, la revue scientifique avait en effet publié une étude de la psychologue américaine Frances Rauscher qui montrait qu’après avoir écouté de la musique du compositeur autrichien pendant dix minutes, des étudiants californiens amélioraient leur quotient intellectuel. «L’effet Mozart» était né, sous-entendant que la simple et brève écoute de cette musique rendait plus intelligent. La nouvelle a été reprise par les médias du monde entier et elle a même incité l’Etat de Géorgie à offrir des CD du compositeur aux femmes enceintes afin d’accroître le QI de leurs futurs bébés.
Depuis, les assertions de la psychologue américaine ont été vivement critiquées par la plupart de ses collègues, qui ont jugé que son «protocole expérimental était inadéquat», comme l’écrit Daniel Levitin, et qui n’ont pour la plupart pas pu reproduire ses résultats. Lorsqu’ils y parviennent, «l’amélioration observée s’explique par un simple effet d’éveil», commente Isabelle Peretz, ajoutant que l’écoute d’une histoire captivante a sur les étudiants le même effet. »
Bref, il nous faut le confesser : dire que le rock n’roll détruit le cerveau n’est à ce jour pas prouvé, mais dire qu’il ne le détruit pas n’est pas non plus prouvé. Tout le moins, reste ce problème de transe, mais il n’a pas été expérimenté sérieusement dans les neurosciences. Tout ce que l’on peut retenir de l’utilisation de la musique dans les neurosciences aujourd’hui est qu’il a été constaté certains effets bénéfiques de la musique pour soigner certaines maladies neurologiques, comme la maladie d’Elsheimer ou la maladie de Parkinson. En aucun cas le rock n’roll n’a été fustigé, et à ma connaissance, il ne m’est pas apparu que le Professeur Oliver Sacks se soit spécifiquement penché sur la question du Rock n’roll. C’est pourtant le souhait d’un Lucien Israël, et c’est évidemment le mien.
Dans les prochains billets, nous tenterons de capter schématiquement les messages propre au rock n’roll.
Sources
- « Musique, intelligence et personnalité. » (Dr Nghiem Minh Dung, éd. Godfroy de Bouillon, 1995).
- Extraits de l’interview d’Alain Busschaert effectué par Luc Adrian le 27/05/1993 dans le magazine « Famille chrétienne » (http://alain.busschaert.free.fr)
- « Cerveau droit Cerveau Gauche – Cultures et civilisations » (Lucien Israël – Librairie Plon – 1995)
- « Musicophilia, La musique, le cerveau, et nous » (Oliver Sacks, seuil, 2009)
- « La musique et ses effets – la musicothérapie » (Eugène Jacques, les éditions Quebecor, 2006)
- « Adorateurs du diable et rock satanique » (Mgr Corrado Balducci – Pierre Téqui – avril 1994)
- « Les Chrétiens et les musiques actuelles » (Pierre Benoît – Edition des Béatitudes, octobre 2010)
- « La Loi du Rock », Claude Chastagner, ed. Climats, 1998
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